Trek en mauritanie | Plan

Tourisme reponsable, économie durable

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À une époque où l'instagramisation du monde et de nos voyages pervertit notre relation avec la culture et les habitants des pays visités, même si ces voyages se font sous le concept théoriquement bienfaisant de Slow Travel, je pense qu'il est intéressant de lire les deux textes ci-dessous, même si leur rédaction date un peu, une grosse partie des principes énoncés est toujours valable.

D'abord, un extrait d'une conférence sur le tourisme responsable dans le désert, puis un mode d'emploi du Sahara. Ces textes remontent à 2002, époque où le trek s'est effectué, et je n'ai trouvé aucune trace de leurs auteurs respectifs.

Tourisme reponsable, économie durable
Définition de la relation Tourisme, Patrimoine et Culture
Le Tourisme aujourd'hui : Etat des lieux
Le choix d'un tourisme de qualité
Le respect est le gage d'une meilleure rencontre
L'argent, les biens, la nourriture n'ont pas partout la même valeur
Seule reste l'empreinte de nos pas et le souvenir de l'amitié
Quelques gestes simples pour respecter le patrimoine naturel du Sahara
Quelques gestes simples pour respecter le patrimoine culturel du Sahara
Attention aux souvenirs !


Tourisme reponsable dans le désert

Définition de la relation Tourisme, Patrimoine et Culture

Notre époque a vu émerger cette prise de conscience de la nécessité de préserver et de mettre en valeur le patrimoine et les cultures de l'humanité.

Dans le même temps, un phénomène nouveau s'est développé : le tourisme. Il a un aspect très positif car il permet un accès à la connaissance, il suscite la réflexion, il rapproche les peuples, il favorise la paix et l'élargissement des consciences, il contribue à l'essor économique du pays. Mais il peut être également terriblement destructeur. Mal organisé, mal géré, il peut dans un temps très court, détruire de façon irréversible des trésors que l'humanité a su façonner et préserver tout au long de son histoire.

La responsabilité des organisateurs du tourisme est donc déterminante.

Le Tourisme aujourd'hui : Etat des lieux

La Mauritanie est un pays très vaste, essentiellement saharien, à faible densité de population. Ses habitants ont acquis au fil des siècles une personnalité forte, empreinte de dignité et de fierté. Et le désert, par sa rudesse et ses exigences, a forgé un peuple à part. Ce peuple est détenteur aujourd'hui d'un certain art de vivre. Loin du stress, du bruit, de la pollution, il vit une relation simple entre le ciel et la terre.

Le monde occidental dans sa course effrénée au progrès est en déficience de repères, d'authenticité, de valeurs simples et vraies.

Il y a donc une attirance de plus en plus forte d'une certaine catégorie de population pour ce désert de Mauritanie.

Longtemps boudé par les grands tour-opérators par la difficulté de réaliser des voyages de qualité, la fermeture du tourisme en Algérie, l'insécurité au Tchad, au Niger et au Mali, l'accès difficile en Libye ont placés la Mauritanie au premier rang des destinations sahariennes.

Les ingrédients sont réunis pour que le tourisme se développe. La chance de ce pays est que presque tout reste à faire. Il est donc possible de tirer des enseignements des expériences de pays voisins afin de ne pas reproduire les mêmes erreurs.

Le choix d'un tourisme de qualité

Le tourisme dans ce pays ne peut être que de qualité :
des petits groupes, encadrés par un personnel soucieux du respect des visiteurs et des visités, ainsi que des lieux.

Choisir la quantité serait catastrophique pour le pays. Cela aurait pour conséquence de rebuter définitivement la clientèle en recherche d'isolement, de silence, d'authenticité, de vraies rencontres, une clientèle respectueuse des valeurs, des traditions, des coutumes... et donc à terme de tuer l'intérêt même de venir dans ce pays.

Faire venir en grande quantité des touristes est donc une démarche suicidaire :
dégradation des populations, des édifices, de l'environnement, pillage des vestiges archéologiques, etc...

Il n'y à donc pas d'alternative :
- ou il est développé un tourisme de qualité et ce sera l'honneur et une des richesses de ce pays - ou il est cédé à la facilité, à la médiocrité et ce pays sera détruit dans ces valeurs entraînant son lot de conséquences: insécurité, vol, mendicité, prostitution, drogue, alcoolisme, etc...

Information des droits et des devoirs des touristes (charte éthique du voyageur).

Le respect est le gage d'une meilleure rencontre

Chaque pays vit selon un rythme qui lui est propre. Dans certains cas, la hâte et l'impatience ne sont pas les meilleurs moyens de s'attirer la sympathie.

Les tenues trop moulantes, trop dénudées, trop ostentatoires ou trop décontractées sont susceptibles de choquer sous certains cieux. Il en va de même des codes régissant les contacts corporels (caresser la tête d'un enfant, serrer la main d'une femme pour un homme, s'asseoir à côté d'une femme, s'embrasser en public...).

Une bonne photo se fait avec son sujet, pas contre lui. Les photographes ont tout à gagner à prendre le temps d'établir un climat de confiance,, à demander l'autorisation de filmer ou de photographier (auprès des parents pour les enfants) e à se conformer aux éventuels refus.

Il est préférable de ne promettre d'envoyer des photos aux personnes photographiées que si on est certain de pouvoir respecter son engagement (y compris dans le cas où une contrepartie ou une rétribution est demandée).

Respecter les vaccinations conseillées permet d'éviter l'introduction de maladies dans le pays visité. Il est important d'utiliser les traitements antipaludéens en respectant les recommandations de l'OMS: surdoser présente le risque d'augmenter la résistance des souches au détriment des populations locales.

L'argent, les biens, la nourriture n'ont pas partout la même valeur

La différence de niveau de vie entre le voyageur et la population du pays d'accueil, lorsqu'elle existe, peut être à l'origine d' incompréhensions et de dérives. Etre accueilli dans un village ou une famille équivaut dans certains cas à un grand sacrifice pour les populations locales. Ce qui est offert au voyageur, tout comme ce qu'il offre, doit être mesuré en valeur locale.

Dons et cadeaux ne sont pas des gestes innocents. Ils peuvent parfois prendre une connotation condescendante, méprisante ou déplacée (jeter par exemple des pièces ou des bonbons à des enfants afin de s'en débarrasser ...). Les cadeaux, dons et pourboires trop importants compte tenu du niveau de vie général du pays visité déstabilisent les équilibres économiques locaux. Les enfants qui reçoivent de l'argent pour des photos ou parce qu'ils mendient ne sont plus scolarisés, gagnent plus d'argent que leur père : ceci peut créer d'importantes distorsions dans les structures familiales (non respect du père et des anciens).

Certains dons peuvent s'avérer dangereux lorsqu'ils sont distribués au hasard, notamment les médicaments. Les hôpitaux et dispensaires lorsqu'ils existent, sont souvent plus à même de les gérer. De la même façon, les bonbons et sucreries ont des conséquences longtemps après notre passage ( caries dentaires ).

Utiliser les hôtels, les transports locaux, les services rémunérés des populations locales (guides, cuisiniers, chameliers...) est souvent le meilleur moyen de les faire bénéficier directement de l'argent du tourisme.

Un appareil photo ou simplement une paire de chaussures peuvent être l'équivalent de plusieurs mois ou d'années de salaire aux standards du pays visité. Les exhiber ou les traiter sans ménagements peut s'avérer choquant ou être mal compris.

Le marchandage fait culturellement partie de la tradition commerciale de certains pays. S'y refuser est souvent mal interprété et peut contribuer à l'augmentation du coût de la vie. En revanche, il ne faut pas oublier que des sommes dérisoires pour le visiteur peuvent être d'une grande importance pour celui qui les reçoit.

En règle générale, les voyageurs doivent se garder d'abuser de la tentation de populations démunies à vendre des objets sacrés, traditionnels, ou faisant partie du patrimoine du pays (sauf si ils sont réalisés à la seul fin d'être vendus aux touristes).

Seule reste l'empreinte de nos pas et le souvenir de l'amitié échangée

L'espace naturel et les sites culturels sont souvent les principales richesses touristiques d'un pays et la première motivation des voyageurs qui s'y rendent. Les voyageurs ont un responsabilité vis à vis de l'environnement du pays d'accueil.

Les voyageurs se doivent d'éviter de laisser derrière eux leurs déchets, quels qu'ils soient. Tous les moyens permettant de limiter les déchets nés du tourisme doivent être utilisés. Mieux vaut limiter, dans ses bagages, les emballages qui devront être laissés sur place.

Il est préférable de rapporter avec soi les déchets non destructibles après un voyage dans un pays ne disposant pas d'infrastructure d'élimination des déchets.

Certains écosystèmes fragiles imposent le respect de précautions particulières : ne pas sortir des sentiers, conduire hors piste, limiter le piétinement, ne pas utiliser de moyens de locomotion à moteur, etc.

Certains "souvenirs" qui font partie du patrimoine naturel du pays d'accueil ne doivent pas quitter celui-ci. Les graffitis ou autres traces sont des mutilations souvent ineffaçables.

L'eau potable est parfois une denrée rare qu'il faut utiliser avec parcimonie et éviter de polluer. Les voyageurs doivent préférer autant que possible les lessives sans phosphates, les savons biodégradables, faire leur toilette en aval des habitations et à distance des points d'eau potable.

Il vaut toujours mieux obtenir l'autorisation pour utiliser le puits ou la pompe d'un village et ne pas se laver à proximité, même si les habitants le font.

Par notre présence nous pouvons apporter de l'argent, utile au développement de certaines régions du monde, par notre naïveté ou nos maladresses nous pouvons également provoquer des dégâts irrémédiables. L'une des clefs essentielles pour pallier cela est simple: s'informer. Nous croyons qu'il n'y à pas de bons ou de mauvais voyageurs, mais seulement des gens mal informés.


Couscous pouletUn luxe au milieu du désert : cuissons d'un couscous poulet. Le bois de cuisson est rare, le poulet est cher.

Quelques gestes simples pour respecter le patrimoine naturel du Sahara


Avant de partir, laissez les emballages de vos nouveaux équipements chez vous. Prévoyez quelques sacs étanches. 

Évitez de bivouaquer n'importe où. Suivez les indications des guides et chauffeurs formés. 

Le bois domestique est très rare au Sahara et sa régénération est lente ou nulle. Utilisez le plus possible le gaz ou le bois mort que savent trouver et sélectionner les autochtones qui vous accompagnent; laissez-leur la gestion de cette ressource vitale pour la vie quotidienne des nomades.

Évitez de prélever des plantes; elles peuvent retenir l'eau et sont parmi les espèces les plus menacées au monde. 

L'eau potable est un élément rare qu'il faut impérativement utiliser avec parcimonie et ne pas polluer. La survie des populations sahariennes en dépend. Pendant une année, un Saharien utilise l'équivalent de la consommation mensuelle d'un touriste européen ! Mise à part l'eau de boisson, physiologiquement vitale, vos besoins quotidiens (toilette), dans une petite bassine, doivent être très réduits. On fait sa lessive dans l'oasis, pas dans le désert ! 

Évitez de faire vos besoins n'importe où et certainement pas à proximité des points d'eau ! Pensez à faire un trou de 30 cm de profondeur, que vous recouvrirez de sable avant de partir. 

Avant de quitter un bivouac, assurez-vous que ce lieu temporaire de votre activité est intact, non souillé. Remportez avec vous tous les déchets (y compris ceux censés être biodégradables telles les épluchures...). Conservez dans vos sacs étanches les sachets de nourriture lyophilisée, boîtes de conserve, paquet de cigarettes, mégots, briquets, piles, briquets, aérosols, emballages de pellicules photo, de k7, k7 vidéo et dv, aérosols, tubes de pommade. Brûlez tout ce qui peut l'être, notamment les lingettes, papiers, serviettes et tampons hygiéniques (après les avoir préalablement séchés). 

Si vous ne pratiquez pas la méharée, utilisez des véhicules en bon état ; cela évite d'éventuelles pollutions. 

Privilégiez les randonnées en petits groupes de 5-6 à 10-12 personnes, avec les Touaregs ou des guides formés. Cela exerce moins de pression sur l'environnement et laisse le paysage intact.

 

Quelques gestes simples pour respecter le patrimoine culturel du Sahara


Interdisez-vous de toucher ou "retoucher" les gravures et peintures rupestres. En posant vos mains dessus ou en les mouillant, vous réveillez systématiquement des micro-organismes en état de dormance depuis des millénaires. Ces derniers peuvent alors effacer les peintures en calcifiant ou sulfatant les surfaces. En aspergeant les plus belles parois ornées du Tassili n'Ajjer pour mieux les relever ou les photographier, des personnes, y compris des chercheurs, ont affaibli ou fait disparaître des centaines de peintures préhistoriques.

Pour prendre de belles photos, attendez les lumières les plus favorables, celles du matin ou de la fin d'après-midi ; ou alors, utilisez un réflecteur de lumière (du type Lastolite).

Évitez de déplacer ou de prélever tout objet archéologique des gisements de surface rencontrés : l'étude de ces artefacts n'est pertinente que dans leur contexte naturel et paléoculturel. Seules les missions archéologiques officielles avec l'accord des pays concernés sont autorisées à effectuer des prélèvements pour étude en laboratoire.  

Attention aux souvenirs !

Réfléchissez bien avant de rapporter quelques souvenirs, objets préhistoriques ou curiosités géologiques naturelles. La législation internationale en vigueur prévoit des sanctions très lourdes pour tout ramassage sur site, rubriquages, moulages, interventions sur les parois d'art rupestre. D'autre part, les accords internationaux pour la protection des espèces interdisent l'importation d'espèces menacées ou vulnérables et des produits fabriqués à partir de ces espèces.

N'oubliez pas que les plus beaux souvenirs ne sont pas matériels : ce sont les émotions et les images que nous offrent ce Sahara inépuisable de richesses naturelles et humaines ; celles d'un patrimoine naturel et culturel encore préservé et dont les générations futures doivent pouvoir jouir.

Gardons en mémoire cette parole saharienne: "Je laisse à ceux qui viennent le monde tel que je l'ai trouvé".